« Agriculture de régénération », M. SHEPARD

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Enfin un livre qui parle de permaculture agricole !

Je salue l’initiative des éditions « Imagine un Colibri » d’avoir traduit le livre de Mark Shepard, agriculteur en permaculture dans le Midwest des Etats-Unis. Au milieu des milliers d’hectares de maïs bien souvent OGM, Mark Shepard a créé une oasis de biodiversité dont il tire un revenu suffisant pour faire vivre sa famille. Rien que pour cela, le livre mérite d’être lu par tous les agriculteurs de France, contraints de vivre grâce aux subventions ou/et avec un emploi à l’extérieur de leur ferme.

Au fil des pages, M. Shepard explique pourquoi l’agriculture industrielle actuelle ne nous nourrit pas beaucoup et ne nous nourrira plus du tout si elle continue à dégrader l’environnement. Il argumente avec conviction et donne des chiffres. Puis il détaille ce qu’est l’agriculture de régénération. Il sait de quoi il parle : quand il a acheté ses terres dans les années ’90, elles étaient en piteux état. Aujourd’hui, ses 42 ha sont luxuriants pendant que ses voisins tirent la langue à ne cultiver que du maïs depuis des décennies.

L’urgence aujourd’hui, ce sont les sols. Les Bourguignon (qui ont écrit « Le sol, la terre, les champs » que je vous recommande pour sa facilité de lecture) nous prédisent la mort des sols agricoles dans 10 ans. Comme cela fait quelques années qu’ils l’ont dit, je ne saurais vous dire combien d’années nous avons encore devant nous. Le sol, c’est la base de notre vie ! L’agriculture industrielle s’emploie à le tuer à coup de pesticides, d’engrais chimiques, de labour et d’arasement de haies. Je ne blâmerai pas les agriculteurs, parce que bien souvent ils ne savent pas grand-chose sur le sol, ces premiers centimètres de terre qui concentrent le plus de vie sur notre planète. La vie du sol a besoin de matière organique vivante (les racines des plantes) et morte. Or, dans un champ de maïs, de blé, de colza…, il n’y a de matière organique vivante que pendant quelques mois et pratiquement rien de vivant ou de mort pendant la plupart du temps.

La permaculture propose de produire notre nourriture en favorisant le maximum de vie. L’élément essentiel est l’arbre, support d’une grande diversité de vie au-dessus et au-dessous. C’est aussi collaborer avec la Nature au lieu de lutter contre. C’est ainsi que l’on a le plus de productions avec beaucoup moins d’effort : « Effort minimum, effet maximum » est un principe de permaculture. M. Shepard nous montre à quoi cela ressemble à l’échelle d’une ferme : une vraie polyculture-élevage.

Je regrette que beaucoup de personnes réduisent la permaculture à du maraîchage. Depuis l’origine, Bill Mollison, l’inventeur du concept de permaculture avec David Holmgren, parle de polyculture-élevage : une grande diversité de plantes et d’animaux. Pourtant, je vois souvent dans les stages que j’anime, des personnes qui limitent leur projet en permaculture à du maraîchage. Nous ne nous nourrissons pas que de légumes. En fait, les légumes ne représentent que 10 % de nos calories… En terme de dépenses énergétiques (les calories que nous brûlons à cultiver des légumes annuels), je pense que le bilan est négatif… C’est pourquoi, je vous recommande la lecture de ce livre pragmatique pour repenser votre projet en permaculture.

Un petit regret cependant : M. Shepard, tout à l’enthousiasme de ses idées, oublie un peu vite qu’on ne peut pas généraliser son modèle pour nous nourrir tous. En effet, nous ne pouvons pas passer de nos aliments tirés de plantes annuelles à des aliments tirés uniquement de cultures pérennes en un claquement de doigt. Personnellement, j’ai envie de continuer à manger des céréales et des carottes, même si j’ai déjà bien diversifié mon alimentation vers des choses moins classiques. C’est là que l’agroforesterie est une excellente technique : planter des lignes d’arbres dans les champs. Si cela vous intéresse, je vous recommande « Agroforesterie, des arbres et des cultures » de C. Dupraz et F. Liagre, éditions France Agricole, très clair et très détaillé.

Bien sûr, le livre de M. Shepard n’apportera pas beaucoup d’idées à ceux qui n’ont qu’un petit jardin pour nourrir leur famille. A ceux-là, je recommande la lecture de « Créer un jardin-forêt » de P. Whitefield plus adapté (aux éditions « Imagine un Colibri »).

Pour conclure, « Agriculture de régénération » est à mettre entre les mains des agriculteurs et de tout ceux qui sont dans le domaine agricole de près ou de loin. Et puis aussi à ceux qui financent ou soutiennent les projets agricoles, car il serait bon que ce mode d’agriculture se développe rapidement dans les prochaines années, pour faire revivre nos sols, limiter les inondations et lutter efficacement contre le changement climatique.