La permaculture, beaucoup plus que du jardinage !

La permaculture est à la mode. On entend le mot à la radio, on voit quelque reportages à la télé, des livres sont publiés chez de grands éditeurs avec le mot permaculture sur la couverture. Nous devrions nous réjouir, depuis le temps que nous parlons à un cercle restreint de personnes ! Et bien, je suis déçue… Parce que la permaculture est présentée sous un aspect très réducteur de méthode de jardinage, qui n’est même pas celui qui a été développé à l’origine par ses créateurs Bill Mollison et David Holmgren.

En 1978, date de publication de « Permaculture 1 », la permaculture est un système agricole durable. Le premier public de la permaculture, ce sont les agriculteurs. Force est de constater que les seuls agriculteurs dont on entend parler accolé au terme de permaculture, ce sont des maraîchers. Des jardiniers sur de grandes surfaces en somme. Ce que décrivent B. Mollison et D. Holmgren ce sont des systèmes en polyculture/élevage, les fermes traditionnelles : on y produit des céréales, des légumes, des fruits, de la viande et les fermiers satisfont la plupart de leurs besoins avec les productions très variées de leur ferme : le bois de chauffage, l’eau dans ses différents usages, etc. Un bon exemple de permaculture, c’est la ferme du Krameterhof du fameux Sepp Holzer : une adaptation au terroir pour des productions très variées répondant aux marchés locaux et une ferme très écologique.

Dans un pays où les jardiniers pulvérisent des tonnes de pesticides dans leurs jardins, c’est déjà un progrès s’ils se mettent à jardiner écologiquement et plus seulement bio. Encore un mot qui a perdu de son sens premier. Jardinier bio, ce n’est pas juste utiliser des produits qui ne sont pas de synthèse. Il est très positifs que les gens se mettent à observer finement leur jardin et à apprécier les mauvaises herbes et quelques pucerons sur leurs rosiers.

Jardiner est hautement culturel, changer sa façon de jardinier est donc changer sa vision du monde. C’est ce qu’avait bien compris B. Mollison et D. Holmgren quand ils ont eu fini de dérouler leur concept de l’agriculture : si l’on change notre façon de produire notre nourriture en respectant profondément le fonctionnement de la Nature, ce n’est pas seulement l’agriculture que l’on change, c’est notre culture. La signification du mot permaculture, c’est « culture durable ». Une culture durable se doit d’observer tous les aspects de la satisfaction de ses besoins. Et en tirant le fil, on touche à tous les secteurs de notre vie, bien illustré par la Fleur de la Permaculture de D. Holmgren : le rapport à la terre, notre façon d’habiter, notre économie, nos modes de gouvernance, l’éducation des petits et des grands…

La permaculture, c’est bien plus que de savoir ce qu’on peut faire pousser à proximité d’un noyer et comment réguler les limaces. C’est comment nous sommes responsables de chacun de nos actes pour laisser un monde en meilleur état que nos parents nous l’ont laissé. Nous devons donc être créatifs pour notre utilisation de l’eau, la limitation de nos déchets, nos choix d’achat…

J’aimerais bien entendre plus souvent parler de l’éthique de la permaculture, une éthique qui est celle des peuples d’écosystèmes, ceux qui vivent en symbiose avec leur environnement depuis des millénaires et qui s’en sortent bien mieux que nous tant que nous les laissons tranquilles : Prendre soin de la Terre, Prendre soin des gens, Limiter la consommation et partager l’abondance. Cette éthique est également diffusée par Pierre Rabhi et l’agroécologie. Il y a beaucoup de points communs entre l’agroécologie et la permaculture. La seule différence, à mon sens, c’est l’idée de « design » de la permaculture. Ce mot est traduit par « conception » ou « aménagement ». J’aime bien ce mot de « design » qui contient l’idée de dessiner, de travailler sur un plan et, en français, une idée de faire d’un objet commun une belle chose. Le design c’est comment mettre tout ensemble pour que cela fonctionne le plus possible tout seul.

La permaculture propose de penser toute notre vie pour vivre vraiment en harmonie avec la Nature et donc, puisque nous sommes un morceau de Nature, pour vivre en harmonie avec notre nature, ce que nous sommes vraiment. Cette idée est peut-être encore trop révolutionnaire pour nous aujourd’hui, dans le sens où elle demande à changer trop de choses dans notre vie pour beaucoup de gens et transformerait trop radicalement notre société.

Les changements sont souvent plus durables s’ils sont progressifs. Alors, je vais me réjouir de voir partout des initiatives à tous les niveaux de la société qui vont dans le sens de la permaculture. Et je vais continuer, dans mes stages et mes conférences, à parler de permaculture avec un petit peu de limaces et de salades et beaucoup du fond de la permaculture, cette idée millénaire que nous redécouvrons : vivre en harmonie avec la Nature.